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Comment je me suis bagarré pour trouver ma place de daron

Fab te raconte les premiers mois après la naissance de sa fille, en t'expliquant comment il a finalement réussi à trouver sa place de père.

Temps de lecture : 8 minutes

Le mot de Clémence, la rédac cheffe :
 « À la lecture des nombreux commentaires que cet article a suscités, nous avons décidé avec Fab de l’éditer légèrement pour qu’il soit plus fidèle à son intention d’origine.

Il s’agit d’un témoignage singulier, celui de Fab, devenu père il y a 13 ans, à une époque où l’on ne parlait pas beaucoup de charge mentale. Son expérience personnelle peut servir à créer une discussion au sein d’un couple, mais n’a bien sûr pas vocation à être un exemple pour les pères d’aujourd’hui.

Nous allons évidemment continuer à traiter sur Rockie le sujet de la place des pères et de la charge mentale liée aux enfants avec d’autres articles et témoignages. Si tu as envie de participer (que tu sois une femme, ou un homme), tu peux nous envoyer ta contribution ici. »

Quand ma femme m’a annoncé qu’elle était enceinte, j’ai eu intuitivement l’idée d’écrire quotidiennement mes impressions, qui s’est très rapidement concrétisée dans la création d’un blog (anonyme) pour garder une sorte de “fil à la patte”. Cette aventure m’a obligé à rester “aware” sur notre quotidien et à rajouter une dose d’empathie envers ma femme pendant sa grossesse.

Au-delà de la curiosité naturelle qui m’anime, il faut dire – très cyniquement – que j’avais besoin de “matière” au quotidien, que j’allais chercher en provoquant des discussions.

Reste bien à ta place, le daron

J’ai tout de suite été assez troublé de voir que l’intégralité de la société me remettait sympathiquement à ma place quand il s’agissait de parler grossesse. Difficile d’évaluer si ça a beaucoup évolué depuis 13 ans – la gestation de notre aînée a eu lieu entre octobre 2005 et juin 2006.

Ça pourrait sans doute faire l’objet d’un futur article ou témoignage (Messieurs les futurs papas ou jeunes pères, manifestez-vous !), et peut-être que la place du père dans la grossesse a évolué depuis — j’espère, mais il y a 13 ans, j’ai eu la sensation que toute la société me disait “hého calme-toi bien, reste à ta place, cette histoire de grossesse C’EST PAS TES OIGNONS OKAY ?!”.

Et “heureusement” que j’étais un daron soucieux de participer à cette aventure, parce que si j’étais parti avec quelques réticences ou un certain désintérêt sur le sujet, je crois que je serais resté sur le bord de la route.

Plutôt que de parler de la place du futur père et du père dans la société, je voudrais raconter ici ce qu’il s’est passé concrètement dans mon couple dans les quelques jours / semaines qui ont suivi l’accouchement.

(J’en profite pour signaler que chaque mot de cet article est validé par ma fantastique femme, que j’appellerai ici Cath parce que c’est son prénom)

Un virage périlleux pour le couple

Je ne sais pas si c’est ton cas, mais j’ai souvent cette sensation de “l’effet papillon” dans ma vie : un battement d’aile de papillon à un endroit peut provoquer un ouragan à l’autre bout de la planète.

Je crois que cette période “sensible” est susceptible de provoquer plein de petits battements d’ailes imperceptibles, susceptibles de se transformer en ouragans quelques années plus tard. Sans non plus nous mettre trop la pression, j’aurais aimé qu’on me dise que ce moment allait être un vrai virage dans notre couple et qu’il allait falloir l’aborder avec force conscience de soi.

Avec ces 13 ans de recul, je suis totalement convaincu que si nous avions mal négocié ensemble ce moment dans la vie de notre couple, nous serions partis sur une voie qui aurait pu nous valoir des soucis par la suite. Notamment pour une raison que j’avais totalement négligé à l’époque, c’est l’ajout d’un nouveau membre à la famille, qui amène une toute nouvelle dynamique au groupe.

Avoir un premier enfant, c’est entrer dans une relation à 3…

Et qui dit “relation à 3″, dit “être à 2 contre 1”. Ce n’est pas forcément négatif, mais c’est un vrai facteur à ne pas négliger. Petite anecdote pour illustrer ce fait. Ça fait une heure qu’on est rentrés de l’hôpital, Cath reprend ses marques, s’installe dans le canap avec notre fille dans ses bras, et me demande d’aller chercher trois trucs à la cuisine.

Comme souvent, j’ai un peu la tête dans les nuages et je reviens avec deux choses sur trois. C’est là que Cath dit à Lyna, qui a à peine 4 ou 5 jours, “tu vois, ça c’est tout Papa, tu lui demandes un truc et il te ramène que la moitié !”

Un peu machinalement, je retourne vers la cuisine pour réparer mon oubli, et sur le chemin, je me dis “je sais pas quoi, mais y’a quelque chose qui tourne pas rond dans cette situation”.

En revenant, j’en ai donc parlé à Cath, de mémoire dans ces mots :

“J’ai beaucoup de mal avec ce que tu viens de faire, là, de prendre Lyna à partie pour se moquer de moi. Elle a pas à se mêler de ça, et je sais que c’était dans ta tête une sorte de vanne, mais si on commence à faire comme ça dès maintenant, dans 10 ans, on lui demandera de faire la médiatrice de notre divorce.” (Ou un truc dans le genre un poil provoc).

Trouver ma place, parfois au forceps

Elle s’est bien sûr excusée, et je crois vraiment que cette anecdote aurait pu être l’un de ces petits battements d’ailes qui auraient pu déclencher en ouragan. Mais s’il n’y avait que ça. Il a fallu que j’arrive à trouver ma place parfois au forceps (tu l’as ?)…

Cath est atteinte d’un syndrome depuis le plus jeune âge, qu’elle tente tant bien que mal de combattre alors qu’elle arrive sur ses 40 ans, et qui a été exacerbé par la naissance de ses enfants : son besoin — limite vital — de se sentir utile.

Si tu ajoutes à ça toutes les injonctions autour de la nécessité d’être une bonne mère, elle s’est auto-investie après la naissance d’une mission simple : être utile à cette enfant, et en gros, s’occuper de tout.

Si elle en avait eu conscience et qu’elle me l’avait dit aussi clairement, on aurait pu avoir une discussion intéressante sur le sujet. Mais que nenni, les plus grands pièges se situent dans les non-dits : elle a juste fait les trucs. Attention, elle n’a jamais eu de réelle volonté de m’évincer bien sûr, mais comme elle s’occupait de tout, elle me laissait de côté de facto.

Par exemple, mon emploi du temps après l’accouchement m’a empêché de participer à la première “leçon” du bain à la maternité. Au retour à la maison, j’ai dû d’abord lui demander de me montrer, puis au bout du deuxième ou troisième bain qu’elle avait fait sans me proposer de m’en occuper, on a eu “the talk”. Je lui ai expliqué que notre fille, ce n’était pas sa poupée et que même si elle voulait jouer à la poupée, il allait falloir qu’elle partage, parce que j’avais envie de jouer aussi.

J’aurais pu perdre le lien avec mes filles

Elle a bien sûr compris, mais il a fallu pendant plusieurs semaines revenir à la charge. Le principe était simple : dès qu’il fallait faire un truc qu’elle pensait compliqué pour moi (j’avais exprimé que j’avais beaucoup de mal avec le changement des couches à base de caca vert), elle s’en chargeait. Alors que de mon côté, même si j’étais rebuté à l’idée de nettoyer la diarrhée d’autrui, j’avais envie de m’y confronter et de m’y habituer.

Ça a été long et je sais pertinemment que si je n’avais pas eu cette conscience-là, malgré mon envie de m’impliquer, j’aurais très bien pu à un moment me dire “ok si c’est ça qu’elle veut, elle a qu’à jouer avec sa poupée, moi je vais jouer passer mon temps à jouer à la console”.

Et avec le recul, je me serais totalement désinvesti de cet aspect, et j’aurais même pu perdre complètement le “lien” avec mes filles. D’autant plus que…

J’avais l’impression que tout ceci était facile pour Cath

Suis-je idiot ? Pas assez intéressé par le sujet ? Est-ce génétique ? Ou lié à mon genre parce qu’on m’a répété toute ma vie que les pères se démerdent mal avec les nouveaux-nés ? (Pire excuse, mais ça m’a pas empêché de me questionner). Autant d’interrogations que je me suis posées alors que je buguais littéralement devant certains détails techniques liés au bébé.

J’avais l’impression que tout ceci était facile pour Cath, qu’elle avait tout enregistré naturellement, et moi à côté, je me retrouvais à lui re-demander les mêmes trucs deux, trois ou quatre fois.

Exemple-type : les dosettes de lait en poudre. Cath a rebossé dès septembre après avoir accouché fin juin. Je me suis donc retrouvé seul le samedi avec la petite, à devoir la gérer toute la journée et à faire en sorte qu’elle survive.

J’ai dû lui envoyer à plusieurs reprises, semaine après semaine, des SMS pour lui demander “c’est quoi le nombre de cuillères, déjà ?”. J’étais infoutu d’imprimer alors que je faisais sciemment en sorte de m’en souvenir.

C’était quoi déjà la bonne dose ?!

Se retrouver en situation d’échec

Quand je vois comme j’ai galéré alors que j’avais vraiment l’envie d’apprendre, je me dis qu’un père moins curieux au premier abord peut rapidement perdre pied.

Alors certes, on peut toujours s’impliquer autrement, mais je pense aussi que les premiers mois sont tellement compliqués qu’un peu d’entraide et de soutien mutuel font beaucoup de bien au couple. Il y a tellement de choses nouvelles à apprendre !

Si Cath, dans un moment de détresse, avait voulu me laisser la môme pour se barrer trois jours au vert, j’aurais été capable de m’en occuper. Avec le recul, si je ne m’étais pas impliqué, je n’aurais pas pu le lui proposer, et si elle avait dû pour une raison ou pour une autre, s’absenter, j’aurais détesté me retrouver dans une situation d’échec pour la première fois avec ma fille.

L’importance du congé paternité

En ce moment, le débat fait rage sur le congé paternité. Contrairement à de nombreux autres pays européens, les Français sont moins bien lotis sur ce plan. Pourtant, ce congé est à la fois un réel tremplin pour les jeunes pères pour s’impliquer dans la vie de leurs enfants, et un enjeu d’égalité femmes-hommes dans cette période mouvementée que sont les premiers jours en compagnie d’un bébé.

Jean-Philippe est un jeune père qui a participé à notre podcast Histoires de Darons, et qui disait dans son interview qu’avec le recul, il regrettait d’avoir pris son congé paternité plus tard.

Même si mon statut d’entrepreneur en création m’a offert cette possibilité de ne pas avoir à passer par la case congé paternité, j’ai dans les faits été présent à la maison, en travaillant certes, mais disponible pour aider quand il le fallait.

Pour bien se lancer dans la vie de daron, je pense qu’il est important de prendre son congé paternité le plus tôt possible. Et si le sujet du congé paternité te touche, je t’encourage à soutenir les différentes initiatives en faveur de son allongement comme “Le Congé Parentégalité” 

Passer une journée par semaine seul avec ma fille

Je dois dire que je ne l’avais pas anticipé, ce conseil, mais qu’il me fut bien utile pour rentrer dans le bain de la paternité : ma femme a repris le boulot très rapidement, et en tant que boss de son agence immobilière (tu cherches de l’immobilier à Lille ? :)), elle travaille tous les samedis.

Ça m’a “obligé” à me retrouver tout seul avec Lyna pendant une journée complète par semaine, et à m’organiser pour faire en sorte qu’elle survive à chaque fois. On faisait notre conseil d’associés le matin avec Denis, puis on allait faire les courses chez Carrefour, avec Lyna dans le porte-bébés… tout un délire entrepreneurial.

Autre point à souligner : j’allais chercher tous les jours de la semaine Lyna à 17h chez sa nounou et je m’en occupais jusqu’à ce que Cath rentre du taf vers 19h-19h30 – elle s’en occupait ensuite pour la fin de journée pendant que je retournais terminer ma journée (oui bon, je bossais aussi la nuit, startup nation oblige).

Je garde des souvenirs géniaux de ces moments passés d’abord avec notre aînée, puis avec les deux filles, des moments privilégiés, dont je n’ai sans doute pas assez “profité” sur le moment — si seulement j’avais connu la méditation plus tôt 🙂

Rien n’est figé

Précisons un truc pour terminer : quand mes filles ont eu 6 et 4 ans, j’ai ouvert les bureaux de madmoiZelle à Paris, je suis parti y vivre la semaine alors que ma femme et mes filles restaient à Lille.

Autant vous dire que mon implication de père en a pris un sacré coup au quotidien, mais si j’étais beaucoup moins présent tout au long de la semaine, j’espère que j’ai réussi à trouver d’autres façons d’être dispo pour mes enfants — et ça évolue encore maintenant qu’elles deviennent ados.

Tout ça pour dire : même si en tant que daron tu t’es moins impliqué dans les débuts, ça peut encore évoluer au fur et à mesure que le temps passe.

N’hésite pas à venir partager ton expérience de mère ou de père en nous racontant comment tu as réussi (ou pas) à trouver un équilibre dans ton couple. 

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Le dernier commentaire

10 Mai 2019, à 22:34
@klifer Étant très fatiguée, j'avais d'abord lu "des burgers silencieux".
J'étais intriguée par le concept :cretin:

(merci)
 
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