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Comment je me suis installée en Espagne peu à peu

Après plusieurs allers-retours entre la France et l'Espagne, Jeanne vit désormais à Madrid pour de bon. Elle te raconte comment elle a trouvé un travail là-bas et ce qui lui plaît dans son quotidien madrilène.

Temps de lecture : 6 minutes

En partenariat avec la Commission européenne.

Aujourd’hui, je peux dire que je me sens plus chez moi en Espagne qu’en France. En cumulé, cela fait un peu plus de six ans que je vis en Espagne, à Madrid. J’aime ce pays d’amour, et je m’y sens beaucoup plus moi ou, en tous cas, je préfère la personne que je suis quand je vis dans ce pays.

Quand je prends un peu de recul et que je pense à la pré-ado que j’étais avant mon premier déménagement dans cette ville si chaude et où on trouve des « museo del Jamón », je trouve ça fou. Je n’aurais jamais, mais alors jamais imaginé que : 1) ça me plairait ; 2) ça allait m’ouvrir les portes d’un nouveau monde ; 3) je ne voudrais plus partir.

Une première installation en Espagne à l’adolescence

La première fois que j’ai emménagé à Madrid c’était avec mes parents, j’avais 12 ou 13 ans, j’allais entrer en cinquième, j’étais timide comme tout et je ne parlais pas un mot d’espagnol.

Pour moi cette première étape en terre ibérique n’a pas été une « vraie » immersion puisque je n’ai pas vraiment vécu à l’heure espagnole, et que je suis restée bien au chaud entre les quatre murs du lycée français. J’aurais aussi bien pu être en Italie ou en Thaïlande, cela n’aurait pas changé grand chose à mon quotidien.

Cela dit, cette première expérience m’a quand même permis d’apprendre la langue et de passer cette merveilleuse période qu’est l’adolescence dans un cadre très privilégié et super sympa.

À mes 17 ans (et en plein milieu de ma classe de première), mes parents décident de rentrer en France, dans la Sarthe. Autant dire que le changement a été brutal et que j’ai, en l’espace de 5 secondes, réalisé que Madrid, c’était quand même très cool.

Je n’ai absolument rien contre la Sarthe hein, c’est juste que le contraste est frappant. J’ai passé mon bac et, après ça, j’ai dû décider quoi faire de ma vie.

Partir étudier en Espagne

J’avais deux idées claires : partir de la maison et vivre dans un endroit qui me plaisait et où, tant qu’à faire, je ne sois pas complètement larguée.

Après avoir envisagé une prépa littéraire en France, mon choix s’est arrêté sur un double diplôme français et espagnol. La promesse c’était deux ans à Madrid + deux ans à Paris = double diplôme. J’ai tout de suite signé et, après avoir passé une sélection (sur dossier et entretien pour vérifier le niveau d’espagnol), je suis partie !

Comme j’avais peur de prendre l’avion que je n’avais alors jamais pris, je suis partie en train. Un long voyage en train couchettes de Paris à Madrid. Je m’en souviendrai toute ma vie.

À lire aussi : J’ai passé une année à l’étranger, et ça a complètement changé ma vie

Une fois arrivée, j’ai découvert Madrid d’un tout autre point de vue. Il me fallait, seule, chercher (et trouver !) un appart, un petit boulot, m’inscrire à la fac… La vie d’adulte quoi ! Je me souviens avoir été toute déboussolée, à la fois complètement perdue et grisée par cette liberté nouvelle.

J’ai découvert une Madrid fêtarde, culturelle, internationale. J’ai découvert ses terrasses, ses cañas (l’équivalent de boire des coups), son métro propre, l’absence de flippe quand tu rentres seule en mini-jupe très tôt le matin, le voisinage sympa, la vie en communauté… et je suis tombée complètement amoureuse de la ville.

Madrid c’est, pour moi, une capitale dans laquelle on peut vivre comme dans un village. Il y a une réelle communication entre les gens qui fait que je me sens bien dans mon quartier : je fais partie des meubles, on me dit bonjour quand je vais au marché, on me reconnaît dans la rue, et pourtant, si je souhaite de l’anonymat, je n’ai qu’à traverser. J’ai a-do-ré !

Je pourrais raconter une centaine d’anecdotes qui me font encore marrer aujourd’hui : ma première rencontre avec mon coloc petit trapu et punk, les conversations entre voisins au sujet de la vie sexuelle très bruyante du locataire du 4ème, etc.

Trouver un job à Madrid

Finir mon diplôme à Paris a vraiment été très dur après avoir passé ces deux années madrilènes sur un nuage. J’ai pris une sacrée claque. À la fois du fait du changement d’environnement et de la difficulté d’intégrer le système de la fac à Paris qui était très différent et pas spécialement bienveillant.

Une fois mon double diplôme en poche, je suis partie pour faire un master (en fait deux, au secours, je ne veux pas rentrer dans le monde du travail !) puis travailler. J’ai vadrouillé entre Montpellier, Bordeaux, Marseille et le Luxembourg avant de retrouver mon premier amour : Madrid !

Trouver un job à Madrid a été beaucoup plus difficile que ce que je pensais. Un peu naïve je me disais qu’en étant bilingue et diplômée j’allais trouver rapidement un job qui me convenait et bien… pas du tout !

Entre le moment où j’ai commencé à chercher un boulot et celui où j’ai effectivement signé mon contrat environ 7 ou 8 mois se sont écoulés. Un délai que j’ai trouvé très long pour trouver un travail dans une capitale et dans un secteur comme le mien où il y a quand même, en théorie, beaucoup d’offres.

Durant tout ce laps de temps, j’ai épluché une quantité astronomique d’annonces sur les sites d’emplois locaux, mais aussi sur l’APEC et LinkedIn pour ne finalement postuler qu’à quelques-unes.

J’ai été choquée de voir de nombreuses annonces proposant des salaires ridiculement bas — du style 900 euros bruts — permettant à peine de payer une chambre en colocation et la vie quotidienne. « Retourner à Madrid oui, mais pas à n’importe quelles conditions », c’était un peu mon crédo.

Vivre et travailler à Madrid

Finalement j’ai trouvé quelque chose qui me convenait, au moins sur le papier. Rien d’extraordinaire, mais un salaire moyen pour 40h de travail par semaine.

Aujourd’hui, et depuis maintenant plusieurs mois, je travaille donc à Madrid, dont j’ai découvert une nouvelle facette en tant que salariée. La ville me plaît toujours autant et rend ma vie plus belle. Bien sûr, travailler à l’étranger, et en Espagne comme c’est mon cas, implique de se confronter au pays de façon un peu rude.

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Je crois que je ne m’étais jamais vraiment demandé comment c’était de travailler à Madrid et signer ce CDI a apporté son lot de surprises, bonnes et moins bonnes.

La première chose qui m’a étonnée ça a été l’ambiance de travail entre collègues. Tout le monde était (et est) super sympa. Mais genre SUPER SYMPA. Ça m’a vraiment marquée parce que ma première réaction face à toute cette sympathie ça a été de me dire : « Mais qu’est-ce qu’ils me veulent ? Qu’est-ce qu’ils attendent de moi ? ».  J’ai trouvé ça triste que ma première réaction ait été de la méfiance et ça prouvait bien que j’étais habituée à autre chose…

Deuxième choc : les horaires. Je pourrais déblatérer des heures sur les horaires espagnols, et en particulier ceux de travail. J’étais déjà habituée à faire 40h/semaine, mais pas celles-là ! Les horaires espagnols sont très étendus dans la journée. Dans mon cas je fais 9h30-19h30 du lundi au jeudi et 9h30-14h30 le vendredi, enfin en théorie…

Tout ça en ayant en tête que les Espagnols dînent autour de 22h/23h, qu’on ne vit pas nécessairement proche de son travail, qu’on a peut-être la folie de vouloir faire des activités sociales ou sportives, etc. Honnêtement, je trouve ça dingue. Et épuisant.

Bon, et comment parler de vie active sans parler d’administration… Être confrontée à une administration publique parfois difficile à cerner, c’est souvent se heurter à un mur d’incompréhension et ce même si j’ai personnellement la chance de maîtriser la langue !

Entre la demande de NIE (le Numéro d’Identification Étranger pour les personnes qui veulent s’installer en Espagne sur le long terme – d’abord le blanc, puis le vert, enfin ça dépend !), l’empadronamiento (l’inscription sur le registre de sa commune de résidence), l’inscription dans un centro de salud (pour avoir un suivi médical), l’inscription au consulat, etc. C’est la folie de la paperasse !

Du coup, j’ai toujours peur qu’il me manque un papier et qu’un jour où l’autre on me dise : « Rentrez chez vous Madame, votre NIE n’est pas orange à rayures bleues ».

Ah, il y a eu la recherche de l’appart’ aussi… Le marché de la location à Madrid c’est un peu de la folie. Les contrats de location sont un peu abusifs, et les apparts, souvent pas terribles (genre au sous-sol sans fenêtre), partent dans la journée.

Comme pour les offres d’emploi, j’ai épluché pas mal d’annonces (groupes sur FB, Idealista, etc). Comme je travaillais, je n’étais pas dispo pour les visites en pleine journée. Or, comme c’est premier arrivé, premier servi, beaucoup d’appartements me sont passés sous le nez. Cela dit, j’ai fini par trouver un appartement que j’aime beaucoup et dans le quartier que je souhaitais, donc tout est bien qui finit bien sur ce plan-là !

Vivre et travailler en Espagne m’a permis de me dépasser

Cela dit, avec le peu de recul que j’ai (et très clairement le peu d’objectivité…) je trouve que c’est une expérience extraordinaire. Vivre à l’étranger, dans une semi zone de confort m’a permis de me dépasser, d’aller chercher en moi des ressources que je ne pensais pas avoir.

J’ai notamment appris à me jeter à l’eau (pour obtenir mon boulot actuel j’ai dû surmonter mon gros blocage en anglais), à aller vers les autres et à accepter de vivre avec la nostalgie de certaines personnes et choses restées en France.

Même si ça a souvent été dur et que ça le reste parfois (financièrement surtout) je suis incroyablement heureuse d’avoir réussi à revenir vivre ici, dans un lieu que je peux appeler aujourd’hui la maison, ma maison.

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J’aime ce pays que l’on voit parfois côté français comme arriéré et bordélique. Moi je m’émerveille tous les matins, paseo del Prado, de voir sur les feux aux passages piétons deux « petits bonhommes » verts se donner la main, à celui d’après deux « petites dames » et à encore celui d’après un « petit bonhomme » et une « petite dame ».

Je m’émerveille de voir autant de couples de même sexe se donner la main et s’embrasser sans avoir peur, de voir des parcs pour enfants toujours pleins et des groupes de papis et mamies sur les bancs.

L’Espagne, c’est le pays qui m’a permis de me dépasser, de prendre du recul sur un bon nombre de mes idées préconçues, de me jeter à l’eau sans avoir trop peur, et d’apprendre à vivre différemment, ni exactement comme une Espagnole, ni exactement comme une Française. Comme moi en fait.

Et toi, tu as déjà travaillé dans un autre pays européen ? Comment ça s’est passé ? Viens en parler dans les commentaires…

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Le dernier commentaire

14 Nov 2019, à 17:11
@Aude Les astreintes doivent donner lieu à une compensation qui peut être en repos et non en salaire.

Par contre la nature et le niveau de la compensation c'est décidé par accord d’établissement, d'entreprise, de branche, convention collective. Il est possible de passer entre les clous si on a une convention laxiste à ce sujet.

L'article du code du travail :
https://www.legifrance.gouv.fr/affi...Texte=LEGITEXT000006072050&dateTexte=20191114

Avec la magie de légifrance on peut déjà consulter les versions futures et pour l'instant ces dispositions n'ont pas l'air d'être modifiées.
 
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