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J’ai ouvert mon couple, et je l’ai très mal vécu

Sur le papier, cette Rockie ne voyait que des avantages à ouvrir son couple. Mais quand son partenaire a vécu son premier date, ça ne l'a pas laissée indifférente. Elle essaie de comprendre pourquoi ses émotions ont fait les montagnes russes.

Temps de lecture : 6 minutes

Vendredi soir, pour la première fois dans l’histoire de notre couple, mon mec a daté quelqu’un. Et moi, j’ai passé la nuit à chialer.

Pourtant, au fond, je crois qu’on en ressortira plus forts.

La discussion remonte à plusieurs mois. Parce que nous vivons ensemble depuis plusieurs années et que mon mec a des envies qui dépassent les miennes, nous avons parlé d’ouvrir notre couple.

Aimer quelqu’un et le voir s’épanouir

En tant que mec bi et alors que nous étions dans une relation hétéro exclusive, l’envie devenait de plus en plus pressante de son côté : il voulait aller vivre de nouvelles choses et découvrir de nouveaux corps.

Si sur le coup, cette discussion m’a flanquée un mal de bide de l’enfer, j’étais pourtant complètement ouverte à cette idée. Je crois profondément que nous ne pouvons pas combler toutes les attentes de l’autre et qu’on devrait pouvoir être libres de s’épanouir sans exercer de contrôle sur ceux que nous aimons.

Je déteste le sentiment de jalousie et si je n’en suis pas exempte, je ne me définirais pas comme quelqu’un de possessif. Sur le principe, philosophiquement, je n’ai envie que d’une chose : qu’il se sente bien, et moi aussi. C’est d’autant plus important pour moi que depuis le début de notre histoire, il a vécu plusieurs épisodes dépressifs très violents qui m’ont fait craindre de le perdre.

À mon grand soulagement, depuis quelques temps, il s’épanouit.

Il a retrouvé du sens dans son boulot, il s’est reconstitué une base solide d’amis qui sont là pour lui et il se projette. Son entrain me réchauffe le cœur et il ne manque pas de reconnaissance envers moi, me remerciant d’avoir été là pendant les moments les plus difficiles.

Quand la dépression frappe une personne dans un couple

De mon côté, c’est une autre limonade. J’ai eu beau garder des liens réguliers avec mes potes pendant le confinement, je ne me suis jamais sentie aussi seule face à mes problèmes.

Depuis des semaines, je me débats avec une question sans y trouver de réponse : où est-ce que je vais ?

J’ai longtemps enfoui les sentiments négatifs qui viennent avec cette quête de sens en me disant que tout finirait par aller, qu’il fallait que je sois patiente, que ces questionnements trouveraient des réponses.

Mais rien n’y fait : depuis des mois, j’ai l’impression de faire du sur place. Et ça me rend profondément triste. Mon compagnon a beau être présent et m’accompagner, je n’arrive pas à avancer.

J’ai déjà connu cette situation de décalage dans mes couples précédents.

Il arrive que l’un ait un super glow up et que l’autre vive une période personnellement plus difficile. Souvent, ça menait à une rupture, parce que nous étions incapables de communiquer et le décalage était tel que trop de choses avaient été cassées pour que l’on puisse travailler dessus.

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Cette fois, je suis dans une configuration assez différente. On communique beaucoup, on ne se cache pas nos états d’âme, et on essaie d’être là l’un pour l’autre. Émotionnellement, c’est intense, mais c’est aussi profondément vitalisant.

Depuis quelques semaines, je ne me l’avouais pas mais j’étais en dépression. Et ça m’a explosé à la gueule quand mon mec m’a demandé si ça me dérangeait qu’il ne rentre pas vendredi soir.

Le soir où il est sorti avec son date

Comme on vit ensemble, il m’avait annoncé la veille qu’il sortirait le lendemain soir, une habitude qui ne lui est pas familière, lui qui voit très rarement ses amis.

Parce que je sentais que le sujet me touchait plus que de raison, je lui avais demandé de ne pas me donner de détail lorsque la situation d’un date se présenterait. Je n’ai donc pas posé de questions, et le vendredi soir, il est sorti. C’est le « contrat » que nous avions établi et il a été respecté.

J’envie les couples qui ne vivent pas ensemble car au fond, j’aurais préféré ne rien savoir. Qu’il vive sa vie sans que je me demande à quelle heure il va rentrer, sans que mon imagination carbure sur ce qu’il pouvait bien se passer.

À terme, j’aimerais n’en avoir plus rien à foutre et le vivre de façon aussi indifférente que s’il me disait qu’il allait chez un pote.

Seule à l’appart, j’ai essayé de faire taire mon imagination et mes petites voix dépréciatives pendant toute la soirée, mais en allant me coucher, j’ai reçu un message.

Il me demandait, avec beaucoup d’attention, si je voyais un problème à ce qu’il ne rentre pas.

« Ton bien-être compte pour moi, je veux que tu sois d’accord avec cette idée, sinon je rentre. »

J’étais d’accord, pour moi, rien ne devrait l’empêcher d’avoir cette liberté.

Le message est parti, il m’a remerciée et tout d’un coup, tout est devenu noir.

Seule dans le noir

Mon estomac s’est dérobé, les images dans ma tête ont fusé, mon cœur s’est contorsionné de douleur, putain, putain qu’est-ce que je suis seule, qu’est-ce que je suis triste.

Peut-être que je serai toujours triste ? Pourquoi moi je n’ai pas l’énergie de vivre des nouveaux moments comme lui ? Je ne suis pas attirante, personne ne s’intéresse à moi. Je suis froide et distante.

La crise d’angoisse qui m’a frappée m’a fait perdre le souffle et la raison. Submergée par mes émotions, par un trop plein de « choses qui vont pas », je me suis retrouvée enfermée dans la pièce noire de la dépression que je n’avais pas visitée depuis ma dernière rupture, très douloureuse, il y a un peu plus de deux ans.

Des pistes pour calmer une crise d'angoisse

Conseils recueillis auprès de Marie Lafond, psychologue clinicienne

  • La cohérence cardiaque. Cette technique très utilisée dans les milieux militaires consiste à se réapproprier son rythme de respiration. Inspire lentement par le nez pendant 4 secondes. Retiens ton souffle pendant 4 secondes. Expire lentement par la bouche pendant 4 secondes. Retiens ta respiration pendant 4 secondes. Répète 4 à 5 fois, en visualisant chaque chiffre pendant que tu comptes.
  • L’automassage. Cette technique te permet de prendre soin de ton corps lorsqu’il devient le messager des angoisses intérieures. Certains points d’acupression sont connus pour soulager le stress.
  • La méditation. La méditation peut être une solution mais parfois difficile à mettre en place quand on est submergée par l’angoisse. À ce moment-là, si on n’arrive pas à stopper le flot de pensées, on peut l’observer avec bienveillance. Certaines applications comme RespiRelax ou Respire permettent de faire des séances guidées, grâce à de nombreux exercices de respiration différents. Chacune peut trouver celui qui lui convient.

Pendant les crises d’angoisse, ce sont la perte de contrôle et l’accumulation de facteurs angoissants qui provoquent un trop plein. Des activités qui permettent de canaliser ces émotions sans les ignorer comme l’écriture (qui permet de ralentir ses pensées en les notant au fur et à mesure), la création, le sport sont aussi utiles.

Plus tard dans la nuit, j’ai compris que les émotions de ma rupture précédente, marquées par une tromperie bien sale, m’étaient remontées comme un vieux PTSD, déclenchées par la simple perspective d’entendre la clé s’agiter dans la serrure de la porte vers 5h du matin, comme il y a deux ans.

Pourtant ici, la situation est bien différente. La relation est bien différente. Je suis différente. Mais le problème avec les trauma, c’est qu’ils ressurgissent sans crier gare.

Le couple ouvert sur le papier et dans la réalité

Le sujet des relations ouvertes n’est pas vraiment nouveau pour moi. Ma meilleure amie est polyamoureuse, une de mes potes vient tout juste d’ouvrir son couple et j’ai écouté et lu pas mal d’histoires qui ont choisi cette dynamique.

Avec mes potes, on a souvent discuté de notre dissonance entre la « philosophie » du truc sur le papier et la mise en application qui est souvent émotionnellement bien plus compliquée.

J’ai grandi dans un monde où on m’a fait croire qu’un jour je trouverais l’élu (oui sans -e, comment ça on peut vivre autrement qu’hétéro ?), celui qui comblerait mon cœur, toutes mes attentes et me rendrait complète, infiniment heureuse.

Ce bullshit, je pensais l’avoir dégommé lors de ma dernière rupture, quand je me suis rendu compte une bonne fois pour toutes que mon bonheur ne DEVAIT PAS reposer sur la personne qui partageait un bout de mon quotidien.

Je m’étais promis de le distiller dans toutes les personnes qui partagent ma vie, et un peu dans moi.

Et puis il y a eu cette rencontre, ce coup de cœur pour mon mec actuel. J’y ai plongé à toute vitesse et je me suis de nouveau oubliée. Nous avons passé des étapes tellement difficiles que cette relation est d’une profondeur et d’une loyauté uniques.

Moi aussi, à un moment, je lui ai parlé d’ouvrir notre couple, parce que j’en avais envie et l’opportunité. Alors que beaucoup de couples ont été mis à rude épreuve, on a vécu le confinement comme une promenade de printemps.

Ouvrir son couple et réapprendre à s’aimer

Mais tout l’amour que je lui porte et qu’il me porte ne font pas taire mes peurs et mes insécurités.

Parce que je ne vais pas bien en ce moment, j’ai peur d’un changement dans notre vie quotidienne, j’ai peur de ne pas être assez bien, j’ai peur de devenir la meuf « des trucs relous du quotidien » alors qu’il partagera des moments légers avec d’autres, j’ai peur de la solitude, j’ai peur de craquer et d’en être encore moins désirable à ses yeux, comme à ceux des autres.

Trop occupée à tenir le cap de mon quotidien, je n’ai aucune envie d’aller dater et j’ai l’impression que me lancer dans les jeux hypocrites des applis de rencontre va consumer le peu d’énergie et d’espoir qu’il me reste.

Nous avons parlé de tout ça une bonne partie du week-end. J’en ressors avec la certitude que je n’ai pas envie de me séparer de lui, même si pour le moment, ça pique fort.

Ses heures passées à me rassurer et à s’occuper de moi n’auront pas été vaines mais je sais, au fond de moi, que la tâche qui m’attend ne le concerne pas vraiment, au-delà des règles que nous mettrons en place pour se respecter l’un et l’autre.

Je suis au début d’un long chemin et dans quelques semaines, j’aurai sans doute des leçons à en tirer.

Après des mois à me nier, je dois réapprendre à m’aimer.

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Et toi, as-tu ouvert ton couple ? Comment l’appréhenderais-tu ?

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Le dernier commentaire

15 Juil 2020, à 15:42
J'aimerais rebondir sur un point particulier de l'histoire, car j'ai été un peu "choquée" en lisant que, s'ils vivaient chacun chez soi, ça aurait été différent...
Je n'en suis pas sûre. Evidemment, on n'est alors pas obligé de tout se dire, et de dire quand et avec qui on sort.
Mais mon exemple est que je ne vis plus sous le même toit que mon copain depuis 2 ans déjà, après avoir vécu un peu plus de 3 ans ensemble (famille recomposée) et donc même si c'est le cas on est "honnête" l'un envers l'autre en se racontant nos soirées ou même toute autre sortie, sportive par exemple. On est plus libre dans le sens où, si on a envie de sortir, on n'a pas besoin de demander "l'autorisation" à l'autre, mais ça ne nous empêche pas de nous le dire.
Et des fois ça me fait ch... de savoir qu'il passe du temps - même si en tout bien tout honneur - avec une autre que moi en l'occurrence. Ca ne l'a pas empêché de le faire une fois quand j'étais chez lui.
Comme il ne doit pas se réjouir que je puisse passer du temps avec d'autres hommes que lui.
Vivre ensemble ou non n'enlève rien au chagrin/ à la peine etc. La jalousie est toujours un peu présente, à petite dose pour moi elle reflète qu'on tient à l'autre (plus qu'à un simple pote).
La confiance, en l'autre et en soi, est primordiale. Et pour moi elle est en relation directe avec l'honnêteté / la sincérité.
 
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