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Pourquoi l’État français a été condamné après un féminicide

Isabelle Thomas et ses deux parents ont été assassinés par son ex-conjoint en 2014, et le tribunal judiciaire de Paris a reconnu l'Etat français coupable de « faute lourde ». Une victoire au goût amer.

Temps de lecture : 3 minutes

Le jugement du tribunal sur le féminicide d’Isabelle Thomas en 2014, ainsi que du meurtre de ses deux parents, Roland et Marguerite Thomas, vient d’être rendu public.

L’Etat français reconnu coupable de faute lourde pour le féminicide d’Isabelle Thomas

Le jugement du tribunal judiciaire de Paris estime que les services de police ont commis une faute ayant permis l’assassinat d’Isabelle Thomas et de ses parents, et a reconnu coupable l’Etat français de « faute lourde ».

L’Etat est condamné à verser 100 000 euros aux proches des victimes.

Patrick Lemoine est l’auteur de ce triple meurtre commis à Grande-Synthe, dans la région Nord, en 2014.

L’homme était alors en contrôle judiciaire pour violences conjugales contre sa compagne Isabelle Thomas avec interdiction de l’approcher, mais ne respectait pas cette mesure.

Malgré plusieurs dépôts de plainte et mains courantes d’Isabelle Thomas, cette dernière « n’était pas crue et renvoyée chez elle », selon Me Isabelle Steyer, à l’origine de la procédure de justice et citée dans Le Parisien.

La décision de justice qui a été prise est plutôt rare, selon l’article du Parisien, et Me Isabelle Steyer salue une « victoire de la parole des femmes ».

Osez le féminisme ! a également salué cette décision de justice dans un tweet :

L’Etat reconnu coupable de faute lourde pour un féminicide : une « victoire » au goût amer

Si la reconnaissance de la faute lourde de l’Etat français pour le féminicide d’Isabelle Thomas est une décision de justice historique qui, je l’espère, fera avancer la cause des femmes, il s’agit d’une victoire teintée d’amertume.

Car il s’agit d’une « victoire » qui intervient trop tard.

Comme victoire, j’aimerais entendre plus de récits de femmes qui ont échappé à l’homme violent qui partageait leur vie, de femmes qui ont porté plainte et ont vu leurs démarches aboutir, de femmes qui ont pu être sauvées.

J’aimerais que l’accueil des victimes soit meilleur dans les commissariats, que les forces de l’ordre soient mieux formées et que les femmes qui font appel à elles soient mieux protégées et pas simplement renvoyées chez elles.

Les forces de l’ordre pas toujours bien formées, pas toujours bienveillantes, et qui ne protègent pas toujours les femmes qui ont le courage de faire appel à eux entretiennent, malheureusement, le fait que trop peu de femmes osent aller porter plainte.

Comme victoire, j’aimerais voir le nombre de féminicides baisser jusqu’à disparaître.

Un combat pas encore gagné. Selon le collectif Nous Toutes, le nombre de féminicides s’élève à 149 en 2019, et il est déjà de 28 en ce 21 avril 2020.

Des avancées en matière de lutte contre les féminicides existent

Cependant, les choses avancent, et j’ai espoir que cela continue.

A l’issue du Grenelle des violences conjugales, plusieurs mesures ont été prises pour lutter contre les féminicides, comme la création de postes supplémentaires pour améliorer l’accueil des victimes dans les commissariats et les gendarmeries.

Pendant le confinement, la Secrétaire d’Etat chargée de l’égalité femmes hommes a annoncé un plan d’urgence contre les violences conjugales, avec 1 million d’euros reversés aux associations, des points d’accompagnements dans plusieurs villes et une mission d’évaluation.

Enfin, un numéro vient d’être créé pour les auteurs de violences conjugales, le 08 019 019 11, destiné à désamorcer des situations de violence et à offrir une possibilité de dialogue et de travail pour les hommes violents qui souhaiteraient se faire aider.

Que faire si tu es victime ou témoin de violences conjugales pendant le confinement ?

Que tu sois victime ou témoin, je te détaille les recours possibles dans cet article.

Entre autres, l’appel du 17 en cas d’urgence, l’appel du numéro vert contre les violences faites au femmes 39 19 ou la connexion à la plateforme « Arrêtons les violences ».

Je te conseille enfin de télécharger l’application App-Elles, une technologie très utile et intuitive pour alerter rapidement ses proches ou les forces de l’ordre en cas de violences, ou trouver des informations et des ressources sur sa situation.

J’ai écrit un article qui t’explique comment l’utiliser que tu peux retrouver en cliquant ici.

À lire aussi : Ces femmes sont en première ligne face au coronavirus

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Le dernier commentaire

21 Avr 2020, à 16:27
@Chocovore Les magistrates ne font qu'appliquer la loi, on est d'accord ? Enfin je veux dire "officiellement".
Les avocates sont limitées, c'est pas elles qui ont la décision finale.
La police, chargée d'enquêter au départ, est elle, largement masculine (et si on se base sur les stats qui disent que dans cette profession c'est 50% de vote FN, on peut penser que c'est des gentes qui adhèrent à l'idée d'une masculinité toxique).

Donc la marge de manœuvre des magistrates est limitée par la loi, qui est, elle, votée par une assemblée au 3/4 masculine (et avant, pour les lois d'avant, c'était plus, quoi, 100%).

Donc je suis tout à fait d'accord avec @Sophie L là-dessus, et avec Beauvoir, qui disait que l'inégalité de notre société ne pourrait pas se faire sans une égalité au niveau salaire, et je sais pas si elle l'a dit mais "poste de pouvoir" ça devrait aller avec.

Edit : @Chocovore tu dis "c'est surtout la place de la victime dans la société qui compte" : tout à fait d'accord avec ça.
 
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