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Retourner vivre chez ses parents à l’âge adulte : des lectrices racontent

"Mes chers parents, je pars. Je vous aime, mais je pars"... Ce que ne dit pas la chanson de Michel Sardou, c'est qu'on peut ensuite revenir. Et que retourner vivre chez ses parents à l'âge adulte, ce n'est pas de la tarte.

Temps de lecture : 6 minutes

Ne pas vivre avec ses parents (ou beaux-parents) une fois devenu·e adulte est une construction sociale assez récente. Pendant des siècles, plusieurs générations ont cohabité sous le même toit sans que cela ne paraisse étrange. C’est d’ailleurs encore le cas dans de nombreux pays du monde.

À peine 2% des personnes de plus de 30 ans vivent chez leurs parents en France

Aujourd’hui, les adultes qui font le choix de vivre avec leurs parents en Europe sont plutôt une minorité. À peine 2% des personnes âgées de plus de 30 ans cohabitent encore avec leurs parents en France, selon l’Insee. Et seulement 20,5% des 25-29 ans.

Parmi les 25-29 ans qui vivent encore avec leurs parents, un jeune adulte sur cinq a quitté le domicile familial puis y est revenu, et un sur quatre après 30 ans.

C’est à ces profils-là que j’ai décidé de m’intéresser dans cet article, écrit à partir des témoignages de plusieurs lectrices de Rockies qui ont répondu à mon appel à contributions dans notre super newsletter (abonne-toi pour pouvoir recevoir les prochains !).

Retourner vivre chez ses parents après ses études

Chaque jeune femme qui m’a écrit avait des raisons différentes de revenir vivre chez ses parents à l’âge adulte (chômage, déménagement, rupture, etc).

Pour Léa, c’est le prix des loyers parisiens combiné à un prêt étudiant à rembourser, qui l’a convaincue de rester chez sa mère quelques mois au début de sa vie professionnelle.

« Je m’étais dis que ça durerait 6 mois max, mais vu le coût de la vie ici, ce qu’il me reste à rembourser et le le fait que je n’ai pas de garant pour louer un éventuel appart… je vais probablement devoir rester quelques mois de plus », raconte-t-elle.

Retourner vivre chez ses parents après une rupture

Chez Samantha, c’est une rupture après une relation de 6 ans qui l’a poussée à prendre cette décision.

« J’ai quitté le nid à 18 ans pour mes études, et après ma rupture, je suis retournée chez Papa. Finalement, je suis restée une petite année avec lui avant de repartir », récapitule-t-elle avant de préciser que cela a été une période de « chamboulements intenses » mais « très constructive » pour elle.

Pour Aude, c’est un retour d’expatriation qui l’a convaincue d’aller vivre quelques mois chez son père avec son compagnon. « Nous avons essayé de trouver un logement depuis l’Espagne, mais nous n’avons pas réussi à en avoir un pile poil pour notre retour. Nous avons donc cherché une solution bis ». 

Retourner vivre chez ses parents pour prendre soin d’eux

Astrid*, elle, a fait ce choix dans un contexte un peu plus difficile.

« De 18 à 28 ans, j’ai vadrouillé un peu partout en France et aux quatre coins de la planète. Et un jour, la dure réalité de la vie m’a rattrapée. Plusieurs membres de ma famille proche sont tombés malades. Je suis rentrée chez mes parents précipitamment et j’ai passé de longues journées à l’hôpital… Ça m’a donné l’occasion de réfléchir sur ma vie.

Et j’ai pris la décision de rentrer chez mes parents à presque 30 ans pour prendre soin de mes proches, les accompagner à vivre cette fameuse « fin de vie » afin qu’elle soit la meilleure possible, et aussi profiter de mes proches, âgés, tant qu’ils ont encore leur tête voire leurs jambes ».

La sensation de ne pas être totalement chez soi en retournant vivre chez ses parents

Une fois rentrées au bercail, la cohabitation n’a pas toujours été simple pour ces jeunes femmes.

Comme dans pas mal de coloc, des visions différentes du ménage et du rangement ou des rythmes de vie radicalement opposés peuvent créer quelques frictions. Mais c’est surtout le fait de devoir rendre des comptes à ses parents qui a frustré Alice, 24 ans, de retour au nid après 5 années d’études dans une autre ville.

« J’ai la chance d’avoir des parents très aimants et pas difficile à vivre, mais la cohabitation s’est tout de même révélé très compliquée pour moi. Recommencer à devoir respecter des horaires, « rendre des comptes » sur mes allées et venues… J’avais toujours la sensation de ne pas être entièrement libre de mes faits et gestes, et surtout de ne pas être totalement chez moi ».

Et la situation peut se tendre encore plus, si les parents ont du mal à comprendre l’adulte que leur fifille est devenue, et continuent à se comporter avec elle, comme si elle était encore adolescente.

Avoir une vie sexuelle quand on vit chez ses parents

Romane, retournée vivre dans la maison familiale à la fin de ses études, a eu du mal à continuer à vivre sereinement sa sexualité sous le toit de ses géniteurs. 

« Je n’ai plus cette liberté de ramener quelqu’un chez moi aussi simplement. Cela demande de l’organisation et… de leur mentir lorsqu’ils me demandent si je suis sortie boire des coups avec mes collègues ou si j’avais théâtre… Même si mes parents sont très ouverts d’esprits, je n’ai pas particulièrement envie de m’étendre sur le sujet avec eux ! »

Sans même parler de sexualité, continuer à recevoir chez soi ses potes peut aussi être plus complexe lorsqu’un vit chez ses parents. La cohabitation a alors un impact négatif sur la vie sociale.

La situation peut se corser encore un peu plus quand on rentre chez ses parents… avec sa propre famille. Comme l’a fait Camille, maman d’un petit garçon de 3 ans, après un burn-out professionnel et une envie de changer de région.

« Être une mère chez sa mère, c’est compliqué. Elle a tendance à réagir avant moi aux sollicitations de mon fils et pas toujours dans le même sens que ce que j’aurais dit ou fait, donc impossible de revenir en arrière et de me sentir à ma place. Et elle joue aussi son rôle de mère avec moi, comme si j’avais encore 15 ans, à me rappeler de faire-ci, de ne pas oublier-ça… »

Avoir une relation d’adulte à adulte avec ses parents

Pour pallier le manque d’intimité ou gérer les désaccords et la frustration, les lectrices de Rockie ont partagé quelques conseils. Pour Léa, ce qui a bien fonctionné, c’était d’avoir un autre point de chute que chez ses parents. « Je pars rejoindre mon copain tous les week-ends à Lille où il travaille et vit dans un appartement aménagé par nos soins. J’ai donc un « chez moi » deux jours par semaine et ça joue beaucoup ! »

La vingtenaire a aussi fait une petite mise au point avec ses parents à propos des horaires et sorties nocturnes. « Après leur avoir expliqué que j’étais une grande fille, j’ai arrêté de recevoir dix messages par soirée me demandant par quel moyen je rentrais et à quelle heure. Par contre, je les tiens au courant de mes sorties et de ma présence (ou pas) aux dîners familiaux ».

Samantha aussi a réussi à trouver un équilibre, et à se positionner en tant qu’adulte face à son père, chez qui elle est retournée vivre après sa rupture. « Mon père est devenu mon confident, et une nouvelle relation est née entre nous : un rapport d’adulte à adulte, mais sans oublier que j’étais chez lui et que cela impliquait certaines règles surtout liées au respect ». 

Se mettre d’accord sur les règles à respecter quand on retourne vivre chez ses parents

C’est donc une bonne idée de se faire un petit conseil de famille avec tous les habitants du logement pour se mettre d’accord sur les règles à respecter par chacun·e : se mettre d’accord sur les horaires de repas, les tâches ménagères, les invitations, etc.

Évidemment, ces conseils impliquent que tes parents y mettent aussi du leur. Et si tu sens qu’ils ont un peu de mal à comprendre que tu as grandi, tu peux lire (et leur faire lire) cet article. 

Enfin, n’hésite pas à proposer à tes parents de participer à la vie de la maison en prenant en charge certaines choses que tu ne faisais pas quand tu étais ado, ou en leur faisant découvrir des choses qui te tiennent à cœur.

Léa, par exemple, investit la cuisine. « On a mis en place un petit rituel. Un soir par semaine, je cuisine un menu végétarien pour les sensibiliser au sujet et m’impliquer dans les tâches de la maison ».

Les bons côtés quand on retourne vivre chez ses parents

Il y a aussi des bons côtés à la vie chez les parents comme le racontent les lectrices de Rockie. C’est d’abord un excellent moyen d’économiser le prix d’un loyer, et donc de pouvoir mettre de l’argent de côté pour des futurs projets, comme Romane.

« J’adore mes parents et nous nous sommes toujours bien entendus, je me suis donc dit que deux ou trois mois chez eux ne pouvaient qu’être bénéfiques, notamment pour mon porte-monnaie… »

Retourner vivre chez ses parents, c’est aussi une bonne manière de créer du lien et une relation sympa avec eux, ou avec ses frères et soeurs plus jeunes.

Aude, par exemple, a apprécié de « passer du temps avec [son] père et sa femme » qu’elle n’avait pas eu beaucoup l’occasion de voir les années précédentes, même si la cohabitation n’a pas toujours été évidente.

Léa, elle, a profité du retour chez ses parents pour se mettre à pratiquer une activité sportive avec son frère un soir par semaine. Un rituel qu’elle espère bien conserver, même après avoir déménagé. 

Comme Léa, la plupart des lectrices qui m’ont écrit envisagent tout de même le retour chez les parents comme quelque chose de temporaire. Une fois qu’on a goûté à l’indépendance, on a hâte d’y retourner.

*Le prénom a été modifié

Et toi, tu as déjà vécu chez tes parents en étant adulte ? Comment ça s’est passé ? Tu as des conseils à donner ? Viens en parler dans les commentaires !

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Le dernier commentaire

14 Juil 2019, à 19:00
Pour ma part je viens d'échouer à mon concours...ce qui est synonyme de retour chez les parents. Alors c'est vrai, c'est pas un vrai "retour" : j'avais mon studio la semaine et je rentrais chez eux tous les week end. Sauf qu'au fil des mes études j'ai bien senti que la maison familiale devenait progressivement la maison parentale. Déjà qu'échouer c'était dur à vivre, retrouver le lit simple et le papier peint enfantin pour y vivre 7j/7, je le vis très mal. :goth:
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