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J’aime ma fille mais je regrette d’être devenue mère

Cette lectrice de Rockie a une fille de trois ans. Et si elle l'aime profondément, elle se dit qu'elle aurait peut-être été plus heureuse sans être mère. Un témoignage rare sur un sujet encore tabou : le regret de la maternité.

Temps de lecture : 7 minutes

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Après cinq ans d’amour et de bonheur, je suis tombée enceinte un peu par surprise. J’avais 28 ans et je ne voulais pas vraiment d’enfant. Je ne m’étais jamais projetée en tant que mère, mais je n’étais pas définitive sur le sujet. Je me disais que je n’étais pas prête, que peut-être qu’un jour le désir d’enfant se réveillerait, ou non, mais qu’en tout cas, là tout de suite, ça ne me disait vraiment rien.

Nous faisions assez peu l’amour avec mon compagnon et le sexe était loin d’être central dans notre relation. Après neuf ans de pilule, j’ai eu envie de redécouvrir le fonctionnement naturel de mon corps et j’ai donc décidé, en accord avec lui, d’arrêter la pilule. Nous nous sommes promis de « faire attention » et d’utiliser des préservatifs les jours risqués. Pendant neuf mois, rien à signaler, nous gérions comme des chefs.

Et puis… J’ai eu un retard de règles, j’ai fait un test, il était positif.

« Je n’avais vraiment aucune raison de recourir à l’IVG »

J’étais dans une relation stable, nous avions des projets en cours qui avançaient. Notre amour et notre complicité étaient plus forts que jamais… Je n’avais vraiment aucune raison de recourir à l’IVG. J’étais enceinte, après cinq ans d’amour : après tout, c’était peut-être « le bon moment ».

J’ai passé une grossesse idyllique, choyée par mon compagnon, me sentant pleinement à l’aise dans mon corps de femme enceinte. Les maux de grossesse me faisaient sourire, confirmaient que mon corps travaillait sur un petit être. Les douleurs étaient pénibles, mais je les savais passagères, neuf mois, ça file vite finalement. Chaque kilo pris l’était avec fierté, je mangeais pour deux avec enthousiasme, et puis, je fabriquais un bébé ! Nous allions fonder une famille, notre projet incluait désormais un petit être qui rendrait tout cela encore plus merveilleux.

Mon amour pour ma fille s’est construit petit à petit

Je savais qu’un enfant, c’est beaucoup de travail et de difficultés, mais je me sentais très forte. Nous étions deux, j’avais confiance en mon partenaire, tout dans ma vie allait pour le mieux… Bref, je m’attendais à ressentir la fameuse vague d’amour aux premières secondes de vie de mon bébé, comblée et impatiente d’ouvrir un nouveau chapitre de ma vie.

Et puis ma fille est née : absolument parfaite, belle, adorable, souriante…

Je n’ai pas ressenti de vague d’amour, mais ça ce n’est pas très grave : ça n’arrive pas tout le temps et ça dépend des gens. Mon amour pour elle s’est construit petit à petit. Jour après jour, semaine après semaine, je la découvrais et essayais tant bien que mal de revêtir mon costume de mère. Je lisais énormément sur le sujet de la maternité, de la parentalité, de la meilleure manière d’élever son enfant pour lui permettre de s’épanouir pleinement, d’être elle-même.

Une dépression post-partum et une séparation

Parallèlement, j’ai sombré dans une dépression post-partum. J’étais très déçue de la place que prenait (ou plutôt ne prenait pas) son père dans sa vie. Nos projets commençaient à s’écrouler, tout devenait difficile.

À lire aussi : Dépression post-partum : non, la maternité ce n’est pas « que du bonheur »

L’argent se transformait en un sujet de tension, je voyais tout en noir et l’avenir m’apparaissait tel un nuage opaque, une mélasse de laquelle je ne me sortirais jamais.
Cela ne m’empêchait pas de m’occuper de ma fille et de lui donner tout l’amour que je pouvais. Je pense avoir fait preuve d’une patience étonnante durant toute sa première année malgré les difficultés, la fatigue, le manque de sommeil, le stress et les disputes avec mon conjoint.

Après un an et demi à me débattre, j’ai baissé les armes et quitté celui que je pensais être l’homme de ma vie, pour tenter de me reconstruire ailleurs. Je suis partie avec ma fille, car il était impensable (pour son père comme pour moi) qu’elle grandisse loin de moi. Je vivais alors à l’étranger, je suis rentrée en France, mettant un continent entre son père et nous. Cette décision, difficile et mûrement réfléchie, m’a néanmoins permis de retrouver une certaine sérénité et je ne la regrette absolument pas.

J’aime ma fille mais je regrette d’être mère

Mais mon quotidien me rappelle tous les jours que ma vie aurait été tellement différente si je n’étais jamais tombée enceinte ! Je me sens privée de ma liberté, en permanence contrainte par des prérogatives organisationnelles dans lesquelles je ne trouve aucun intérêt. Je suis une mère, et ce rôle m’étouffe. Même si j’aime profondément ma fille.

Oui, car on ne peut pas parler d’un sentiment de regret d’avoir eu un enfant sans, systématiquement, devoir rassurer ses interlocuteurs : oui, j’aime ma fille ! Elle est géniale. J’ai énormément de chance que ce soit Elle. Son humour, sa gentillesse, son agilité, sa vivacité, tout son être ne peuvent permettre de dire que je la regrette Elle. Elle vit et désormais la planète ne serait plus complète sans ses rires et ses bêtises. Je veux le meilleur pour elle, et je me mets une pression de fou pour conserver mes principes, travailler sur moi pour prendre conscience de mes propres blessures qui rejaillissent inexorablement sur elle.

Elle mérite la meilleure des mamans car elle est formidable. Et entre nous, je pense que je ne m’en sors pas trop mal. Souvent c’est dur et je prends sur moi, mais je me force à être présente pour elle car c’est ce dont elle a besoin. Tant pis si moi je n’en ai vraaaaiment pas envie.

Le fait d’être parent solo est une double-peine, car elle n’a que moi sur qui compter pour décharger ses émotions après une journée pleine de rebondissements. Je dois tout prendre et je dois tout lui donner. C’est épuisant. Mais je le fais, et j’alterne entre l’acceptation de la situation et la colère d’en être là.

Le regret de la maternité

J’en parle aussi, beaucoup. J’ai lu les témoignages de femmes qui regrettent leur maternité. Il y en a plus que ce que l’on croit. On dit souvent aux femmes qui ne veulent pas d’enfants qu’elles « regretteront ». Oui, peut-être. Mais on peut aussi regretter d’avoir fait un enfant. C’est important de le savoir, d’en parler, aussi pour légitimer la voix de celles qui ne veulent pas d’enfant et qui sont trop souvent infantilisées. Non, toutes les femmes ne sont pas « faites pour être mères » ! Et on peut même vouloir un enfant, et regretter après coup de l’avoir fait ! L’arrivée d’un enfant est un bouleversement inimaginable…

Bizarrement, je suis assez convaincue du fait que j’apprécierai être la mère d’une adolescente puis d’une adulte. J’ai hâte que ma fille ait « sa vie », ses ami·e·s, qu’elle sorte et me laisse tranquille !, j’ai hâte de voir si l’éducation que je lui donne aujourd’hui facilitera sa crise d’ado, si j’aurais réussi à me positionner auprès d’elle comme une personne de confiance, avec laquelle elle pourra être pleinement elle-même sans jamais craindre un jugement de ma part. Hâte aussi de me prendre mes idéaux à la figure ! 😉

Je trouve d’autres chemins de bonheur

J’ai hâte de pouvoir sortir le soir sans avoir à me préoccuper de qui va la garder, de partir en week end en amoureux sans elle, de ne plus calquer mes horaires sur ceux de la crèche ou de l’école… Hâte de faire des grasses matinées !!!

J’aurais probablement été plus heureuse en restant sans enfant, mais la vie en a décidé autrement. Je trouve donc d’autres chemins de bonheur, en serrant un peu les dents. J’observe avec joie ce petit être qui grandit, et je lui expliquerai probablement un jour tout ce que je viens de vous dire là. J’espère qu’elle saura l’entendre non comme une attaque contre elle, puisqu’elle n’y est pour rien, mais simplement comme l’aveu d’une femme à une autre. L’intime partage d’un sentiment difficile à assumer qui ne m’empêche pas d’avancer, une infime partie de ce qui aura contribué à la construction de la personne qu’elle sera.

L’autre jour, ça m’a frappé. Au détour d’une conversation totalement irrationnelle avec ce petit être de 3 ans à base de moi qui lui dis qu’on est deux, et elle qui répond que non, on n’est pas deux (échantillon à multiplier par 10.000), j’ai ressenti cette profonde lassitude de devoir gérer tous les jours une personne à la fois complètement dépendante, et totalement dans ses délires sans queue ni tête.

Un quotidien épuisant qui me fait regretter d’être mère

Elle est géniale hein, mais elle veut rarement s’habiller le matin, monter dans la voiture, se brosser les dents, prendre son petit déj, me laisser quitter l’école, puis quitter l’école… Même si on est à la bourre, même si j’ai usé de toutes les astuces ludiques et bienveillantes pour amener mon enfant à coopérer, même si je fais mon maximum pour être là pour elle et laisser de côté mes propres besoins.

Trop de tâches deviennent des batailles, entre anticipations permanentes et rattrapages in extremis, gérant une crise, en empêchant une autre, parce qu’un enfant de cet âge ne sait pas gérer ses émotions. Quoiqu’on fasse, il ou elle fait face à d’intenses frustrations et bouleversements permanents. On n’y peut rien, on choisit de gérer ça comme on veut ou peut, mais il n’en reste pas moins que c’est épuisant.

Beaucoup de parents parlent de leur bonheur de passer du temps avec leurs enfants, de les voir grandir, découvrir le monde… Je ne vais pas dire que c’est un spectacle désagréable, mais… je m’en serais passée sans peine en fait. Et je dis cela sans animosité aucune, mais simplement car ce que cela représente en termes de joie et de bonheur ne « contrebalance » absolument pas, pour moi, tout le bordel que ça représente à côté.

J’ai envie d’être ailleurs

Je passe ces temps-ci une à deux heures par soir à jouer avec ma fille à des jeux aussi passionnants que Mémory Winnie L’Ourson, Playmobil Camping ou Mega Block. Et ça me gonfle… Si vous saviez comme ça me gonfle ! Je le fais hein, et avec le sourire en plus. J’y mets autant de cœur que je peux mais je ne peux pas nier le fait que je fabrique cet intérêt. Au plus profond de moi, ça me gonfle, j’ai envie d’être ailleurs, de faire autre chose, seule ou avec un·e autre adulte. Et c’est terriblement injuste pour ma fille, je fais tout ce que je peux mais voilà, c’est là.

Quand on court ensemble main dans la main dans l’herbe en riant, oui je kiffe le moment aussi. Heureusement j’ai envie de dire. Quand elle vient me faire un bisou en me glissant « je t’aime » à l’oreille, c’est grisant. Mais vraiment, j’aurais tout aussi bien vécu sans. Mieux vécu, probablement. En tout cas c’est comme ça que je le ressens.

Toi aussi tu regrettes parfois d’avoir eu un enfant ? Ou tu as peur de regretter ? Viens en parler dans les commentaires. 

À lire aussi : Pourquoi devenir mère a été la meilleure décision de ma vie

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Le dernier commentaire

1 Juil 2019, à 10:47
J'espère ne pas remonter de post...
Mais comme je répond à un article cela devrait aller.
Je me suis énormément retrouvé dans l'article et dans ses réponses. Je suis maman depuis 6 ans et demi et je n'en peux plus... Non ce n'est pas un baby blues ou un burn out maternel. C'est bien plus que ça.
Ma fille est arrivé dans un contexte très particulier, j'étais jeune (17 ans) séparé d'un ex depuis 5 mois et un matin je me suis réveillée avec un retard de règle de quelques jours. Problème hormonal (sous pilule depuis mes 16 ans) ? Immaculée conception ? Bon...on va tenter de savoir ce qu'il se passe.
Vous avez comprit. J'étais enceinte de 5 mois. Certainement de notre dernier rapport sexuel. J'étais quelques minutes euphorique à cette idée avant de me rendre compte de la charge mentale énorme qui allait s'abattre sur moi. J'ai pas mis longtemps à avoir l'impression que le ciel me tombait sur la tête. Le père n'a jamais voulu assumer quoi que ce soit.
En janvier 2012 j'étais violée en rentrant chez moi par un inconnu, et je finissais la même année avec un bébé. Je n'avais pas eu le temps de grandir, de gérer mes blessures et de les panser que je devais déjà ne plus y penser et "passer à autre chose" afin d'être le plus stable possible dans son éducation. Être maman à fait réveillé en moi de terribles traumatismes. En réalité j'ai failli mourir pour de bon.
Le temps à fait son œuvre j'ai aujourd'hui deux enfants car il a fallu... (un nouveau compagnon qui en voulait un, ma fille qui demandait un frère, la pression sociale...).
Rien à changé.
Je vis mieux les choses car je me suis habitué à ma vie et aussi car mon mari est un appui fondamental, pour autant je la déteste, ma vie. Ma fille est adorable mais tellement infernale, elle ne mange rien sauf des gâteaux (et j'ai essayé toutes les astuces imaginables bienveillantes laissez tombez vous n'avez pas idée de l'énergie que j'ai perdue à essayer je n'en ai plus), elle a besoin de se donner en spectacle continuellement... Nous répéter 41 fois sa même danse inlassablement, qu'elle s'énerve qu'on ne la regarde plus. Qu'elle me suive au toilette, qu'elle ait besoin de moi pour ranger 3 jouets, s'habiller, se laver les dents, elle regarde sans cesse ce que je fais, écoute tout le temps mes conversations, juge mon corps quand elle se permet de venir quand je suis sous la douche à base de t'es grosse tes moche. Je n'en peux plus..Parfois je délègue à mon compagnon qui est son beau père. Mais elle ne le supporte pas alors je ne peux pas réellement compter sur lui. Elle me fait culpabiliser "je préfère quand c'est maman toi t'es nul, je veux maman, non je vais pas au parc avec toi je vais avec maman". Je le dis à des oreilles attentives mais parfois j'ai juste envie de répondre "mais maman en a marre de toi la..." évidemment je garde pour moi tout ce qui pourrait être blessant.
Je vous passe le nombre de fois où mon compagnon et moi avons failli se séparer car apparemment ce que je ne savais l'enfant a le droit d'avoir un regard sur la vie amoureuse de sa mère, même si le beau père en question ne lui a jamais rien fait de mal, juste elle l'aime pas. Son père n'est pas la, si ce n'est pas de sa faute, je peux vous assurer que ce n'est absolument pas de la mienne non plus. Mais c'est moi qui paye.
Je ne peux pas sortir seule, elle ne peut pas sortir sans moi. Elle ne se lève que quand c'est moi qui la réveille, ne joue que quand c'est moi qui joue. Je ne peux rien déléguer. Je suis fatiguée. J'ai beau jouer un rôle au quotidien. J'aimerai fuire ou mourir. Voilà.
J'ai honte. Honnêtement j'ai super honte. Mais imaginer que j'en suis qu'au début me démoralise totalement. Je suis triste dans cette situation, de ne pas avoir le courage de les élever mais pas non plus de les quitter.
Votre message est très touchant :'( Concernant votre fille, je peux vous conseiller de rejoindre le groupe Facebook "Enfances épanouies - Grandir sans VEO". Ce groupe a pour but d'aider les parents dans l'accompagnement de leurs enfants (ils préfèrent le mot "accompagnement" plutôt qu'éducation) en se plaçant du point de vue de l'enfant afin de mieux comprendre ses besoins, ses envies, pourquoi il réagit comme cela, comment l'adulte doit réagir, etc. Ils peuvent aussi vous aider à trouver des stratégies afin de répondre aux besoins de votre fille, tout en répondant aux vôtres. Vous pouvez aussi demander une courte liste des livres de référence sur la question.

Attendez-vous à une remise en question de votre façon de voir les choses, de vous faire bousculer dans l'éducation que vous avez reçu par vos propres parents, etc. Toute violence éducative ordinaire (VEO) est bannie. Les membres du groupes s'appuient sur les dernières recherches en neurosciences affectives (donc vous n'aurez pas d’interprétations pseudo-psychologiques de comptoir bizarres ^^). Et surtout, PERSONNE ne vous jugera, la CNV (Communication non violente) est souvent utilisée. Vous pouvez copier-coller le post que vous venez d'écrire ici sur Rockie.

Rien que ça c'est déjà un pas vers l'entente harmonieuse avec votre enfant. Ensuite, peut-être pourriez-vous aller consulter un psychologue spécialiste des enfants qui a des compétences dans la non violence, et qui se place du point de vue de l'enfant.

Courage à vous !
 
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